Quand se cacher n’est plus une option
Je ne sais pas trop par où commencer. Peut-être par ce que je me répète depuis quelques semaines : “Je crois que cette fois, c’est la bonne.” Parce qu’en vrai, ce n’est pas la première fois que j’essaie.
En 2017 déjà, j’avais lancé un blog. J’avais envie de partager mes réflexions, mon expérience, mes observations sur l’écosystème tech au Bénin, la croissance des startups, les coulisses du travail qu’on faisait… le travail et la vie en général.
J’ai écrit deux articles. Deux articles qui ont beaucoup résonné. Deux articles qui m’ont permis de rencontrer des personnes intéressantes, de décrocher une interview à la radio nationale, d’échanger avec des gens qui vivaient les mêmes galères.
Et puis… plus rien.
- Je me suis essoufflée.
- J’ai arrêté d’écrire.
- J’ai refermé la porte.
Parce que, même si l’envie de partager était là, je ne savais pas toujours comment m’autoriser à me raconter.
- À parler de ce qui comptait vraiment pour moi.
- À laisser apparaître autre chose que le travail bien fait.
- À laisser entrevoir un peu de ce qui bougeait à l’intérieur.
- Ce n’était pas naturel. C’était vulnérable.
Je fais partie de celles qui préfèrent rester en retrait, observer, écouter, réfléchir. Et puis, soyons honnêtes : je fais partie des gens qui aiment que leur travail parle pour eux.
J’ai ce côté « achiever », d’ailleurs c’est ma force top 1 CliftonStrengths, cette petite voix intérieure qui me dit que mes résultats, mes projets, ce que je produis devraient suffire à prouver ma valeur. Alors me mettre là, me montrer, raconter… ce n’était pas vraiment prévu.
Et pourtant, me (re)voilà!
Il y a des moments où la vie te pousse à sortir de ta cachette, que tu le veuilles ou pas. La clé, c’est de le faire assez souvent pour que cela devienne un peu plus naturel.
Je repense souvent à cette visite, il y a presque dix ans, quand je travaillais dans un startup studio. On recevait énormément de visites parce qu’on faisait quelque chose de novateur, et beaucoup de gens voulaient en savoir plus.
Une fois, une délégation anglophone est passée dans nos locaux. Moi, responsable digital marketing à l’époque, avec un anglais pas encore fluide et un fort accent français… Le stress de prendre la parole dans une langue qui n’était pas tout à fait la mienne encore, mais qui le deviendrait plus tard.
Ce jour-là, comme souvent, j’ai écouté. J’ai observé. J’ai laissé les autres parler.
Et en partant, une dame de la délégation m’a regardée et a dit :
You haven’t said much. You must be the brain behind the business.
En gros :
Tu n’as pas beaucoup parlé. Tu dois être le cerveau derrière tout ça.
Ça m’a fait sourire. Mais ce commentaire m’a surtout marquée. Parce que oui, c’est un peu ça. J’ai souvent été cette personne discrète, stratégique, qui préfère réfléchir avant d’agir, peser avant de parler.
Mais il y a des moments où ça ne suffit plus.
Quand garder le silence n’est plus suffisant
Récemment, comme des milliers de personnes travaillant dans le secteur du développement international, j’ai perdu mon emploi à cause des décrets et du gel des financements USAID. Tout le secteur a été secoué.
Beaucoup de mes collègues ont pris la parole pour partager ce qu’ils traversaient — personnellement et professionnellement — et pour alerter sur la situation.
Moi, j’ai hésité. Longtemps. Il m’a fallu du temps pour oser. Je menais une petite bataille intérieure :
Est-ce que ça vaut le coup ? Pourquoi en parler ? Est-ce que ce ne serait pas plus simple de gérer ça en silence, comme toujours ?
Et puis, j’ai compris que publier, c’était aussi une manière de faire ma part. De poser des mots sur une situation que beaucoup vivent, mais que peu auront peut-être le courage de raconter.
D’ajouter ma voix à celles qui disent : « Voilà ce que je traverse. Et si on avançait ensemble ? » De réveiller un peu la conscience collective sur ce qui se passe réellement, et combien c’est désolant.
Alors j’ai posté sur LinkedIn.
Et ça m’a fait du bien. Et peut-être que ça en a fait à d’autres aussi.
Je me suis rappelée qu’être visible, ce n’est pas forcément prendre la lumière.
- C’est créer du lien.
- C’est donner du sens.
- C’est ouvrir la voie.
Pourquoi c’est si difficile de se rendre visible ?
- Parce qu’on doute.
- Parce qu’on a peur du jugement.
- Parce qu’on pense que ça ne va intéresser personne.
- Parce qu’on se dit qu’on n’est pas “fait·e” pour ça.
Et puis, il y a notre manière d’être. Quand on est introvertie, quand on réfléchit beaucoup comme moi, quand on préfère que le travail parle pour nous… Et quand on n’est pas porté·e sur les jeux de pouvoir au travail…
Alors parfois, on choisit le silence.
Pas par faiblesse.
Par réflexe.
Pourquoi ça vaut quand même la peine ?
Parce qu’à chaque fois qu’on ose, même un peu, il se passe quelque chose.
- Des connexions naissent.
- Des échanges inattendus émergent.
- Des opportunités se présentent, là où on ne les attendait pas.
Et surtout, on découvre que ce qu’on vit, ce qu’on pense, ce qu’on traverse… résonne chez d’autres. Et ça, c’est précieux.
Alors, comment on fait, concrètement ?
Je crois qu’il n’y a pas de recette miracle. Mais avec le temps, j’ai compris quelques petites choses :
Trouver son format naturel.
Peut-être que tu n’aimes pas parler en public, mais que tu écris bien. Ou alors, tu préfères les podcasts, les vidéos courtes, les échanges en petit comité. Cherche ce qui te ressemble.
Commencer petit.
- Pas besoin de tout balancer d’un coup.
- Un post. Un commentaire. Un article court.
- Et tu vois ce que ça donne.
Te rappeler pourquoi tu le fais.
Pas forcément pour briller ou impressionner.
- Mais pour créer du lien.
- Pour aider d’autres personnes.
- Pour partager ton regard unique.
Accepter l’inconfort.
Ça ne sera jamais 100% naturel. Même après des années, il y aura toujours ce petit moment d’hésitation avant de cliquer sur “Publier”.
Mais plus tu pratiques, plus ça devient fluide.
Laisser ton travail parler… mais ajouter ta voix.
Parce que ton travail est important.
Mais parfois, c’est la manière dont tu racontes ce travail, ce qu’il représente, ce qu’il t’a appris, qui touche vraiment les gens, et qui donne encore plus de valeur à ce que tu construis.
Ce que ça m’a appris
- Que même les plus personnes discrètes ont des choses à dire.
- Que même celles qui observent en silence peuvent éclairer les autres.
- Que partager, c’est un cadeau: pour soi, pour les autres, pour ce qu’on construit ensemble.
Alors oui, je reste discrète. Je reste moi. Mais cette fois, je crois que c’est la bonne.
Et peut-être que toi aussi, qui me lis, c’est le bon moment pour te montrer un peu plus.
À ta façon!
Aurelle,
xoxo






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