Un regard personnel sur ces moments où l’on veut profondément… et où l’on tremble rien qu’à y penser.

Les trois dernières semaines ont été rudes pour moi sur le front de la recherche d’emploi. Certaines opportunités semblaient proches, certaines même enthousiasmantes, mais aucune n’a abouti. Du moins pour le moment. Mais je garde espoir.

Au milieu de ce cycle d’élan et de déception, j’ai ressenti le besoin de mettre des mots sur un sentiment bien précis : les montagnes russes émotionnelles du désir.

  • Pas du doute.
  • Pas de l’échec.
  • Du désir.

Il y a une forme particulière de peur qui surgit quand quelque chose commence à sembler juste. On se reconnaît dans une situation, une offre d’emploi, une relation, une possibilité… et soudain, on se surprend à y tenir plus qu’on ne l’aurait cru. L’espoir arrive vite. Mais la peur aussi. Car désormais, il y a un enjeu. Quelque chose qu’on veut. Et ce fait même de vouloir, sincèrement et profondément, fait peur.

Ce n’est pas une histoire de manque de confiance en soi. C’est ce qui se passe quand on commence à espérer. Quand ce qu’on attendait silencieusement finit par apparaître, et qu’au lieu d’un simple soulagement, on ressent une forme d’appréhension.

La peur que ça ne marche pas. La peur de s’attacher.

La peur de perdre quelque chose qu’on n’a même pas encore eu.

On ne parle pas assez de ce moment. Pourtant, il est omniprésent. Pas seulement dans la recherche d’emploi. Il se manifeste dans les relations, la quête d’un logement, la santé, la création. Je l’ai vu dans les histoires partagées autour de moi, notamment dans les récits de grossesses après une fausse couche, où la joie d’une nouvelle possibilité est souvent assombrie par le souvenir de ce qui n’a pas duré.

Cette tension entre l’espoir et l’instinct de protection est profondément humaine. Et c’est exactement de cela dont il est question dans cet article.

Ce moment où quelque chose qui semble enfin correspondre peut prendre différentes formes : un poste qui s’aligne parfaitement avec qui l’on est, le début d’une relation après une rupture, une maison qui semble familière dès la première visite, ou encore l’élan de revenir à un rêve longtemps mis de côté.

Chaque fois, le schéma est le même : plus quelque chose semble répondre à notre attente, plus le fait de le désirer nous rend vulnérable.

Commençons par une situation que beaucoup connaissent trop bien : l’offre d’emploi qui semble avoir été écrite pour vous. C’est d’ailleurs ce qui m’a poussée à cette réflexion.

Quand l’offre d’emploi vous ressemble

Trouver une offre qui semble parfaitement correspondre, c’est à la fois une montée d’adrénaline… et un coup dans le ventre. On passe du défilement mécanique à ça, c’est pour moi en cinq secondes. Et presque aussitôt après cette excitation, surgit une question : Dois-je oser y croire ?

Parce qu’une fois qu’on admet qu’on tient à quelque chose, ce n’est plus juste une simple candidature. C’est devenu très personnel. Et ça, c’est effrayant.

La logique émotionnelle de la recherche d’emploi est absurde. On s’entraîne à rester détachée. On lit les annonces à moitié fermée de l’intérieur. On se prépare à être déçue tout en essayant de rester motivée.

Et pourtant, de temps en temps, une description de poste vous traverse. Une mission vous parle. Une équipe dans laquelle vous vous voyez grandir. Des mots qui sonnent comme les vôtres.

Le oui résonne dans votre corps avant même que votre cerveau ait fini de lire l’offre.

Puis vient la cascade. Vous commencez à imaginer ce que ce serait de recevoir l’appel des ressources humaines. Vous vous projetez dans vos premières semaines. Vous réorganisez mentalement votre agenda. Peut-être même que vous rédigez déjà la réponse dans votre tête, au cas où.

Et là, tout aussi rapidement, la peur s’installe.

Car plus la correspondance entre vos compétences et le poste est forte, plus la chute peut faire mal. Ce n’est plus simplement trouver un travail ; c’est décrocher celui-là.

Et ce basculement, du possible au désiré, rend le risque plus intense. On tente de se rétracter. De modérer ses attentes. De rester “réaliste”. Mais vous êtes déjà en plein dedans.

Ce n’est pas simplement la peur d’un refus. C’est la peur de ce que ça coûte, d’y croire. Et plus vous essayez de rester neutre, plus cela devient impossible, parce qu’une partie de vous a déjà dit oui sans même s’en rendre compte.

Quand l’espoir devient risqué

Ce schéma émotionnel ne se limite pas au monde professionnel. On le retrouve dans toutes sortes de moments où une clarté nouvelle rencontre une incertitude persistante. Quand quelque chose semble enfin juste, et que ce sentiment rend l’espoir encore plus périlleux.

Pensez aux relations. Vous rencontrez quelqu’un, et tout s’emboîte naturellement. Vous riez sans effort, tout semble fluide, et vous apercevez ce que ça pourrait devenir. Mais aussitôt que vous sentez ce lien, vous vous freinez. Pas parce que c’est mauvais, mais parce que ça compte. Vous vous dites de ne pas trop y penser, mais vous le faites. Parce que désormais, vous avez quelque chose à perdre.

Ou imaginez une visite d’appartement. Vous poussez la porte, et ça ressemble à un chez-vous. Vous imaginez vos meubles, vos routines, vos soirées. Mais ce n’est pas encore à vous. Et ce moment suspendu, entre l’intuition profonde que c’est ici et l’incertitude du verdict, est chargé d’un espoir fragile et d’une peur muette.

Même chose avec la maladie chronique. Vous avez déjà votre lot d’inconfort, de douleurs, et parfois de rendez-vous décevants. Peut-être même que vous avez croisé des professionnels qui ne vous ont pas pris au sérieux, qui ne vous ont pas écouté vraiment, ou prescrit traitement après traitement sans amélioration.

Et puis, un jour, vous tombez sur un spécialiste qui vous écoute. Qui semble vraiment chercher à comprendre, à vous aider, à alléger un peu ce que vous portez. Vous ressentez une lueur de possibilité. Peut-être que cette fois, quelque chose va changer.

Et presque aussitôt, la peur arrive. Et si ce n’était qu’une nouvelle impasse ?

Vous essayez de ne pas trop espérer, mais c’est déjà fait. Vous êtes tiraillé entre l’envie d’y croire et le besoin de vous protéger.

Et pour beaucoup de couples, une grossesse après une fausse couche devient un champ de bataille silencieux entre l’espoir et la mémoire douloureuse. Dès les premiers instants — une ligne à peine visible sur un test, un rendez-vous pris — il y a de la retenue. On veut croire que cette fois sera différente, tout en se souvenant trop bien de la précédente. C’est un autre lieu où l’espoir est à la fois fragile et profondément courageux.

Même chose quand on est entrepreneur ou créatif, et qu’une bonne idée surgit. Ce n’est plus seulement faire quelque chose ; c’est réussir à le faire bien. Et ce poids peut devenir paralysant si on n’y prête pas attention.

Dans tous ces cas, le fil conducteur est le même : quand quelque chose ressemble enfin à ce qu’on attendait, il devient difficile de garder ses distances. Et vouloir devient un risque.

Ce que les attentes nous font

Les attentes sont piégeuses. D’un côté, elles nous orientent. Elles reflètent ce qui compte pour nous et nous aident à prendre des décisions. Mais de l’autre, elles peuvent brouiller nos repères et nous enfermer dans une boucle d’anticipation.

Quand quelque chose semble enfin aligné — un poste, une personne, une décision de vie — nos attentes s’emballent. On imagine comment ça devrait se passer. On commence à rédiger des contrats invisibles : “Si je ressens tout ça, c’est que ça va marcher.” Ou pire : “Si ça ne marche pas, qu’est-ce que ça dit de moi ?”

Mais les attentes ne garantissent rien. Elles ne font qu’intensifier l’enjeu émotionnel. Et quand elles ne sont pas comblées, ce n’est pas seulement la déception qui fait mal, c’est la perte de repères.

Le plus difficile, ce n’est pas que ça n’a pas marché. C’est qu’on avait commencé à y croire.

Espérer demande du courage

Cela ne veut pas dire qu’il ne faut pas espérer. Mais il faut apprendre à porter nos attentes avec délicatesse. Elles peuvent nous guider, oui, mais sans nous enfermer.

Alors, que faire de tout ça ?

Il faut apprendre à rester dans cette tension. À tenir l’espace pour deux vérités à la fois : ça peut marcher… et ça peut ne pas marcher.

Il faut s’autoriser à désirer, sans exiger de garantie. Rester ouvert, tout en cultivant une forme de gratitude, même dans l’incertitude.

  • Cela peut vouloir dire postuler à ce job, même si votre poitrine se serre au moment de cliquer sur “envoyer”.
  • Cela peut vouloir dire suivre votre rêve, même en sachant qu’il prendra peut-être plus de temps que prévu.
  • Cela peut vouloir dire croire que ce traitement pourrait fonctionner. Que ce nouveau chapitre pourrait s’ouvrir. Que cette fois pourrait être différente, même sans savoir combien de temps cela durera.

Il y a du courage dans le fait d’essayer. Pas parce qu’on est certain de réussir, mais parce qu’on choisit d’avancer, malgré l’incertitude.

L’espoir n’a pas besoin d’être naïf. Il peut être intentionnel. Ancré. C’est une force discrète qui murmure :

“Ceci compte pour moi. Alors j’y vais. Même si je ne sais pas comment ça se terminera.”

Je nous souhaite donc du courage.

4 réponses

  1. Un texte très profond et bien illustré . Ma question est de savoir si ce n’est pas cela même ce que nous appelons le “processus ou process” qui donne surtout du sens à tout ce que nous finissons par réaliser de positif ou de grand dans nos vies.

    Je la décrirai également comme cette adrénaline qui s’active à l’approche d’une grande nouvelle ou d’une grande réalisation. Celle ci qui peut encore prendre également une autre forme lorsque le résultat obtenu et différent de celui espéré.
    Par ex quand je pense au jour où j’ai reçu à mon BAC, je ne pense pas au diplôme obtenu lui même , mais toute l’ambiance , le mélange de peur et de confiance , les regards des parents et amis prêts à te dire félicitations ou du courage selon le résultat qui sera annoncé qui font de ce diplôme une expérience particulière .

    Enfin, je crois qu’au final , si on décide de ne pas baisser le bras , ce phénomène que tu as si bien décrit vaut le coup ✊.

    1. Merci beaucoup Sofwaan pour ton commentaire et ton partage si riche. Tu mets vraiment en lumière cette dynamique que j’ai voulu explorer dans l’article : le mélange de peur et de confiance, l’adrénaline, l’incertitude… tout ce qui rend ces moments si intenses.

      Tu as raison, c’est exactement parce qu’on veut profondément que cette tension est là. Dans ton exemple du BAC, c’est justement parce que tu voulais réussir, parce que c’était important pour toi, que la peur a pris cette place. C’est ce désir fort, cette envie sincère qui crée cette tension, qui nourrit cette anticipation. C’est vrai que ça fait partie de la vie. C’est inconfortable, mais au fond, c’est ce qui donne de la valeur à ce qu’on vit. Même quand ça ne marche pas, même quand on a l’impression d’avoir le cœur brisé… ça reste un signe qu’on a osé vouloir et qu’on progresse.

      Je trouve aussi que c’est encore plus fort quand on est dans une période de transition, ou quand on a déjà perdu quelque chose qu’on avait vraiment désiré. Parce qu’à chaque nouvelle opportunité, on se demande si ça va être différent ou si ça va faire mal encore une fois. Mais au même moment, on ne peut pas s’empêcher d’espérer que cette fois, ça marchera.

      Vraiment merci d’avoir exprimé l’essence de ce que j’ai voulu transmettre à travers ton partage. 🙏🏾

  2. Avatar de AKODODJA CLAUDE CYRIA ÉGIDE
    AKODODJA CLAUDE CYRIA ÉGIDE

    Dès articles vraiment touchants et qui te font revivre exactement la situation comme si c’était le présent.
    Congratulations 🧢

    1. Merci beaucoup Egide pour le retour ❤️. Ca me touche énormément!

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *