Conduire et agir avec humanité, au travail comme dans la vie, tout en restant fidèle à soi-même.
Une réflexion sur le leadership dans la vie, pas seulement au travail.
Note : Cet article a d’abord été écrit en anglais. J’ai voulu en proposer une version en français, en essayant de préserver l’émotion et les nuances des concepts. Mais soyons honnêtes, la beauté des langues, c’est aussi qu’il y a des choses qui ne se traduisent pas complètement, ou qui se perdent un peu en chemin. J’ai donc réécrit l’article du mieux que je pouvais, en gardant l’intention intacte. J’espère que vous le ressentirez.
L’année dernière, j’ai mis cette phrase en statut sur WhatsApp :
« Leading with heart and clarity. »
Si je devais la traduire en français, je dirais : « Conduire avec cœur et discernement », ou encore « Agir avec cœur et discernement ».
Sur le moment, c’était une intuition, une façon de poser des mots sur une intention intérieure. Ce n’est que plus tard que j’ai compris à quel point cette phrase allait me travailler, me défier, m’accompagner.
Je l’avais choisie comme un mantra, après une période de profonde réflexion et de redécouverte de moi-même. Une sorte de boussole, une philosophie à incarner. Une ligne de conduite sur laquelle m’appuyer quand les choses deviennent confuses ou difficiles.
Et puis, pour mon anniversaire il y a quelques semaines, un ancien collaborateur m’a envoyé une belle surprise : une affiche avec la phrase «She leads with heart and clarity», posée sur une photo de moi. Il l’a même partagée sur son propre statut.
Ce geste m’a profondément touchée. Il m’a rappelé que les gens remarquent ce que nous disons sur qui nous sommes. Même quand on ne s’en rend pas compte, nos valeurs parlent pour nous.
Trouver ses valeurs, ce n’est pas facile. Certaines sont évidentes, mais beaucoup demandent un vrai travail d’introspection. On hérite parfois de valeurs copiées sur la société, la famille, notre entourage… sans toujours prendre le temps d’aller au fond de nous-mêmes pour découvrir celles qui nous guident vraiment dans l’action. Celles qu’on exprime.
Mais ce n’est pas le sujet principal de cet article, alors je referme cette parenthèse.
Si vous avez envie d’explorer ce travail d’identification des valeurs, envoyez-moi un message et on pourra en parler.
Ce que je veux surtout partager ici, c’est la difficulté de rester fidèle à ses valeurs quand la vie vous met à l’épreuve.
Parce que, honnêtement, je ne pensais pas qu’écrire cette phrase dans mon statut allait me challenger à ce point. Je me suis retrouvée face à moi-même, dans un moment où j’ai dû décider si j’étais prête à vivre ce que j’affirmais.
Et je me suis posé cette question : Est-ce que je peux vraiment agir avec cœur et discernement quand les enjeux deviennent personnels, que les émotions sont mêlées, et que rien n’est clair ?
Je n’en étais plus si sûre.
Et en me posant cette question, j’ai réalisé qu’en fait, ce moment que je vivais était précisément l’un de ces instants où l’on exerce un vrai leadership.
Pas au travail. Pas dans un cadre formel. Mais dans la vie. Et que ces moments-là, on n’en parle pas assez
Le leadership ne se limite pas au travail
On associe souvent le leadership aux postes à responsabilité, aux réunions, aux projets, aux deadlines… Toutes ces choses visibles qu’on peut mesurer.
Mais à mes yeux, les formes de leadership les plus complexes n’arrivent pas au travail.
On parle souvent de leadership dans le contexte professionnel : gérer une équipe, prendre des décisions, influencer, convaincre. Mais peu de gens parlent de ces petits moments où l’on doit décider, dans le silence de notre propre vie, si l’on va rester fidèle à ce que l’on prône. Si l’on va incarner ce qu’on affiche. Si l’on va, malgré les doutes, malgré les émotions, choisir la cohérence, l’intégrité et la présence.
Ce genre de leadership est discret. Invisible. Non rémunéré. Il ne reçoit pas d’applaudissements.
Il est toutefois profondément transformateur, parce qu’il nous oblige à nous regarder en face, à faire le tri entre ce qu’on dit et ce qu’on fait, à revenir à l’intention derrière nos paroles, et surtout, à reconnaître que la clarté, ce n’est pas la certitude.
Ce leadership se présente:
- dans une conversation difficile qu’on évite depuis trop longtemps.
- dans la prise de conscience qu’une relation, un cadre ou une dynamique ne nous convient plus.
- dans les moments où l’on choisit de ne pas s’abandonner, même si ça rend quelqu’un d’autre mal à l’aise.
Ça aussi, c’est du leadership. Peut-être même le plus courageux, et je crois qu’on gagnerait à en parler plus librement.
Fais une pause, et repense au dernier moment où tu as fait preuve de leadership dans ta vie personnelle.
Ce que signifie conduire avec le cœur
Conduire avec le cœur, c’est se soucier sincèrement et profondément de quelque chose ou de quelqu’un, même quand ce n’est pas confortable.
- C’est écouter sans chercher à tout réparer.
- C’est rester présent quand l’autre montre sa vulnérabilité.
- C’est se rappeler qu’on est humain avant tout, et que les autres le sont aussi, avec leurs émotions, leurs peurs, leurs désirs.
Dans une relation, cela peut vouloir dire : Laisser partir quelqu’un avec bienveillance, au lieu de prolonger un silence pesant.
Au travail, cela peut être : Faire confiance à un collègue malgré une erreur, ou prendre des nouvelles d’une personne dont l’attitude change, sans attendre que sa productivité chute.
Conduire avec le cœur ne veut pas dire éviter l’inconfort.
C’est choisir la bienveillance, même quand ce n’est pas pratique. Ce n’est souvent pas le choix le plus facile, mais bien le plus audacieux.
Ce que signifie conduire avec discernement
Le discernement n’est pas la même chose que la raison, et il n’est pas non plus exactement synonyme de clarté, du moins pas au sens purement intellectuel du terme. J’ai longtemps cherché une bonne traduction du mot clarity en français, justement parce qu’il ne s’agit pas seulement de logique ou d’analyse.
La clarté dont je parle ici est une forme de lucidité intérieure. Un alignement, une conscience fine de soi, des autres et du contexte.
Elle ne se traduit pas toujours par des réponses limpides, mais plutôt par une qualité de présence. Par qualité de présence, je fais référence à notre capacité à rester attentif et aligné, même quand tout vacille autour de nous.
Cet espace intérieur qui reste stable, même lorsque l’extérieur est flou, et c’est là que le discernement entre en jeu.
Le discernement, c’est cette capacité à voir avec justesse, pas seulement à comprendre avec la tête, mais à percevoir avec l’ensemble de son être. C’est un mélange de sagesse, d’écoute, de recul et de fidélité à ses valeurs.
La raison construit des hypothèses. Le discernement, lui, capte ce qui est juste dans un moment donné, pour soi et pour les autres.
Il rend notre raisonnement accessible, ancré dans le réel. Il transforme ce que l’on ressent confusément en une vérité intérieure exprimable.
Conduire avec discernement:
- C’est savoir reconnaître quand il est temps de dire : « J’ai besoin que quelque chose change », et vraiment le penser.
- C’est poser des mots sur ce qui est resté flou trop longtemps.
- C’est choisir d’entrer dans une forme de vérité, même inconfortable.
Dans la vie personnelle, le discernement se manifeste lorsque vous posez une limite, prenez une décision difficile ou exprimez une vérité qu’il n’est plus possible de retenir.
Au travail, cela peut être le fait de donner un feedback honnête, de dire non à une surcharge ou de recentrer l’équipe autour de l’essentiel.
Mais, conduire avec discernement, ce n’est pas avoir toutes les réponses. Franchement, j’essaie encore de comprendre beaucoup de choses moi-même. Mais c’est refuser de faire semblant.
C’est dire : « Je ne sais pas tout, mais je sais que ça, ce n’est plus viable. »
Quand le cœur et le discernement marchent ensemble
Le cœur sans discernement peut créer de la confusion. Le discernement sans cœur peut sembler froid. Mais ensemble, ils construisent la confiance.
Kim Scott appelle cela la Franchise Radicale : la capacité de dire la vérité, non pour blesser, mais parce qu’on respecte suffisamment l’autre pour être honnête.
Cela peut ressembler à :
« Je tiens à notre relation, alors je veux être honnête avec toi. »
« Tu fais du bon travail, et j’aimerais te faire un retour avant que ça devienne un frein. »
Ce n’est pas toujours simple, mais c’est sincère et on sent la différence quand quelqu’un nous parle avec cette intention-là.
Conduire avec cœur et discernement, c’est donc accepter d’agir à partir d’un espace profondément humain, même quand ce n’est pas confortable. Ce n’est pas être parfait, ni avoir toutes les réponses. C’est être capable de se tenir dans l’inconfort, d’écouter, de sentir, de faire preuve de courage tout en gardant de la nuance.
C’est oser dire ce qui compte. C’est poser ses limites avec bienveillance. C’est tenir ses valeurs sans écraser celles des autres. C’est parfois se taire. Parfois parler. Parfois partir. Ou rester. Mais toujours en essayant de rester authentique.
Et souvent, ce type de leadership s’exerce dans l’ombre, loin des regards. Il se vit dans des décisions intimes, des conversations difficiles, des silences pesants, des choix de conscience.
Ce n’est pas spectaculaire. C’est du réel, et c’est peut-être ça, finalement, le plus grand défi du leadership : le vivre, même quand personne ne regarde.

Valser avec le cœur et le discernement
Que ce soit en anglais ou en français, écrire cet article m’a profondément remuée. Il m’a ramenée à un tiraillement que j’ai vécu pendant des semaines. Une tension sourde entre deux voix, deux élans, deux moi en un.
Je me suis battue avec moi-même pour prendre une décision difficile, mais nécessaire. J’ai tourné autour, j’ai attendu, j’ai cherché des échappatoires. J’ai repris la situation dans tous les sens, cherché des nuances, inventé des raisons d’attendre encore un peu.
Mais au fond de moi, je savais déjà ce qu’il fallait faire.
Et puis, quand j’ai enfin décidé de poser des mots et d’écrire, j’ai mis le doigt sur ce qui m’usait : cette danse intérieure entre le cœur et le discernement. Écrire la première version de l’article a été éprouvant. Parce qu’une fois qu’on a mis des mots sur ce qu’on traverse, il devient difficile de faire semblant.
Agir avec le cœur et le discernement, ou conduire sa vie, et parfois celle des autres, avec cette double exigence, je crois que c’est l’une des tensions les plus douloureuses qui soit.
Car souvent :
- Le cœur dira : « Ne blesse pas. »
- Le discernement répondra : « Ne te perds pas. »
- Le cœur insistera : « Sois patient. »
- Le discernement rappellera : « Ça fait longtemps qu’on attend. »
Il y aura l’amour, la loyauté, le lien d’un côté. Et de l’autre, l’honnêteté envers soi-même, le besoin de vérité, d’alignement. Et entre les deux, soi: déchiré, présent, vivant.
Vous pouvez aimer quelqu’un, sincèrement, et pourtant avoir besoin de quelque chose qu’il n’offre pas. Vous pouvez estimer une personne, respecter son parcours, et malgré cela, poser une limite, dire non, ou choisir autre chose. Vous pouvez rêver d’un emploi, l’avoir désiré, travaillé pour, et pourtant découvrir, en l’exerçant, qu’il ne vous correspond pas ou va à l’encontre de vos valeurs profondes.
Rien de tout cela ne fait de vous quelqu’un de dur, d’instable ou d’égoïste.
Cela fait simplement de vous quelqu’un qui essaie de rester authentique. Quelqu’un qui cherche à rester aligné avec ce qui compte vraiment. Et en réalité, il n’existe ni formule magique, ni moment parfait, ni recette toute faite.
Il y a juste cette question qui revient, inlassable, lorsque les choses deviennent floues ou inconfortables : Qu’est-ce qui m’aide à rester fidèle à moi-même, sans trahir ce que je suis et ressens ?
Certains jours, le cœur prendra le dessus. D’autres, ce sera le discernement. Et parfois, ils avanceront ensemble, maladroitement peut-être, mais dans la même direction.
L’essentiel, c’est d’agir avec honnêteté, et non simplement avec facilité.
Le courage d’agir
Quand vous avez tout retourné mille fois dans votre tête et que la réponse devient inévitable, il reste un choix à faire. Et ce choix demande du courage.
- Le courage d’assumer l’inconfort au nom de la vérité.
- Le courage de dire : « Je sais que ça va faire mal, mais je peux traverser ça. »
- Le courage de faire confiance à ce que vous ressentez, même si personne ne vous donne de certitude.
- Le courage d’être bienveillant sans fuir, honnête sans blesser inutilement.
Parce que c’est ça, en réalité, conduire avec le cœur et le discernement : jongler avec un équilibre fragile, mouvant, exigeant. Ce n’est pas du tout un état permanent ou une vérité figée, mais une pratique intérieure, et un engagement au quotidien. Comme toute pratique, elle s’ancre dans des petits gestes, des intentions, des réflexes qu’on essaie de garder vivants, même quand on doute, même quand on est fatigué.
Voici cinq choses que j’essaie (et que j’essaie encore), de faire pour aligner cœur et discernement :
- Dire la vérité avec douceur – Pas besoin d’être brutal pour être clair. On peut être franc sans être dur
- Demander plutôt que supposer – Même quand on croit savoir, dire : « Je peux me tromper, mais j’aimerais te demander… » peut ouvrir bien des portes.
- Admettre ce qu’on ne sait pas – Dire « Je suis en train de comprendre » ou « Je n’ai pas encore toutes les réponses », c’est accueillir le mouvement, et non fuir l’inconfort.
- Respecter ses propres capacités – Être présent ne veut pas dire être disponible tout le temps. Il est possible d’être bienveillant sans s’épuiser, surtout émotionnellement.
- Revenir à ses valeurs – Quand tout devient confus, quand la fatigue ou la peur s’en mêlent, se demander simplement : « Qu’est-ce qui compte vraiment pour moi, ici, maintenant ? ». Ce n’est pas toujours confortable, mais c’est souvent ce qui remet les choses à leur juste place.
Le leadership qui perdure, loin des apparences
Conduire avec cœur et discernement, ce n’est pas impressionnant à première vue. Ce n’est pas spectaculaire, ce n’est pas toujours visible, et ce n’est certainement pas toujours confortable. Mais c’est ce qui, avec le temps, construit quelque chose de vrai : un leadership solide, honnête, authentique et profond. Un leadership qui ne cherche pas à impressionner, mais à rester aligné.
Il ne s’agit pas d’être parfait, ni d’avoir toutes les réponses. Il s’agit de faire de son mieux, avec sincérité. De continuer à avancer, à écouter, à apprendre, à rester présent, même dans l’incertitude.
Et quand tout devient flou, que les repères s’effacent et qu’on ne sait plus très bien quoi dire ou quoi faire, on peut toujours revenir à une chose simple : en cas de doute, choisir la vérité, et ce, avec bienveillance.
C’est ça, pour moi, le leadership qui dure et qui a du sens.
Je suis curieuse : qu’est-ce que ça veut dire pour toi, concrètement, agir avec cœur et discernement en ce moment ? Est-ce que toi aussi tu ressens parfois cette tension entre ce que tu ressens et ce que tu sais ? Et si oui, comment la traverses-tu ?
Aurelle,
xoxo





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